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Les nouveaux défis de la coopération

by sur 13 novembre 2015

Les nouveaux défis de la coopération.

Par Michèle Leclerc Olive

Nous n’avons pas posté de billet sur ce blog depuis juillet 2015.
En réalité, notre programme de travail avec l’Agence de Développement Territorial en Région de Kayes (ADTRK) a dû être révisé en raison des demandes de l’un de nos partenaires financiers : la région Nord-Pas-de-Calais. Un bref retour en arrière permettra de comprendre ce silence provisoire et de se faire une idée de nos prochaines activités.

La fin d’une coopération partenariale

Le programme qui nous liait à l’ADTRK est arrivé à échéance le 30 novembre 2014. Nous avons élaboré avec notre partenaire malien la suite de ce programme qui était lui-même un programme court de transition : diverses incertitudes quant au paysage institutionnel malien et kayésien interdisaient de se projeter à moyen terme. Ce programme CORENS-ADTRK, élaboré en commun comme les précédents, a été déposé auprès des services régionaux début novembre 2014 ; il n’a reçu de réponse écrite qu’en mars 2015 (quelques indications orales nous avaient été données fin janvier 2015). En substance, la consigne était la suivante : l’ADTRK doit être « autonome » ; CORENS et l’ADTRK doivent déposer des dossiers séparés : celle-ci pour des activités en région de Kayes ; celle-là pour des activités en région Nord-Pas-de-Calais.

On l’aura compris, c’est toute la philosophie de CORENS et de l’ADTRK qui était ainsi remise en cause. Nous avons argumenté pour tenter de montrer que l’on peut élaborer et mener un programme d’activités ensemble sans compromettre l’autonomie de chacune des deux associations. Pour nous l’autonomie de penser est une donnée préalable et non le fruit d’une pédagogie, et la dépendance financière directe à l’égard de l’institution régionale ne nous paraissait pas accroître l’autonomie de l’ADTRK. Peut-être même que l’on pourrait observer l’inverse …

Pour retarder « la fin programmée de l’ADTRK » …, CORENS une attitude responsable

Toujours est-il que pour que l’ADTRK ne disparaisse pas brutalement, CORENS a pris en charge l’ADTRK sur ses fonds propres du 1er décembre 2014 au 30 juin 2015. Il a fallu envoyer des lettres de licenciement en mars 2015, la mort dans l’âme.
Mais, pensions-nous, au moins que la Région prendrait le relais et que l’ADTRK pourrait continuer de travailler.
Hélas, nous sommes à présent fin novembre 2015 : pas un centime n’a été versé à l’ADTRK.

Les techniciens sont sans salaire depuis le 1er juillet. On pourrait évidemment discuter longuement : la région a confié quelques missions à l’ADTRK au début de l’année civile. Mais on touche là une des questions de fond qui seront abordées dans le cadre de la conférence-débat que CORENS organise début 2016.
En effet, la logique qui prévaut est que la Collectivité Territoriale française finance des activités. Si celles-ci nécessitent de prendre en charge des salaires, ceux-ci le sont effectivement mais à titre précaire : quand le programme s’arrête, les salaires s’arrêtent.

Lorsque six mois séparent deux programmes (souvent que, pour des raisons de décision administrative au Nord) , pendant six mois l’équipe ne touche rien. S’il fallait illustrer les effets de la logique néolibérale dans la coopération décentralisée, on n’aurait pas de meilleur exemple.

ADTRK-CORENS partenaire malgré tout

Revenons à notre propre programme. Nous poursuivons évidemment le dialogue avec l’ADTRK (sans moyens accordés par la Région pour ce faire ni reconnaissance institutionnelle). Par ailleurs, nous avons décidé de donner une place plus importante dans notre activité à l’organisation de conférences et de projections-débats autour des films, documentaires ou fictions, que nous avons aidé à produire ou non. Nous diffuserons notamment le documentaire que 3 FILMS14 a terminé : Kayes. Des routes en développement.
C’est ainsi que nous préparons un cycle de projections et que nous avons noué des contacts avec plusieurs associations de la région pour examiner avec elles comment concrétiser une citoyenneté hospitalière et ouverte sur le monde : le cinéma occupe une place de choix pour se mettre à la place de l’autre et transmettre des expériences.

Nous pensons en effet que l’un des enjeux actuels de la coopération décentralisée est la consolidation des liens d’amitié et d’interconnaissance qu’elle a permis jusqu’ici. Les injonctions répétées qui recommandent de se replier chacun sur son propre territoire vont à l’encontre des urgences de l’heure. Deux mondes bien différents semblent à l’horizon de volontés politiques que tout devrait distinguer, mais qui au final, et peut-être à leur corps défendant, nous oriente vers le même avenir.

D’un côté, le monde du repli identitaire, de l’altérité gardée à distance, fut-ce en faisant sans cesse vœu de tolérance, d’égalité ou de charité. De l’autre, l’accueil de l’altérité dans l’espace de proximité, la confiance dans la différence et surtout l’envie de penser et d’agir ensemble.

La posture qui est la nôtre – faire vivre, consolider et multiplier les solidarités citoyennes – n’est pas seulement un principe de vie, c’est aussi la seule réponse raisonnable aux problèmes que doivent affronter les territoires.

L’Assemblée des Départements de France a publié récemment un document sur l’action internationale. On peut y lire :

 » Maintenir, poursuivre, développer des coopérations entre territoires du monde, impliquant les habitants, les collectivités et la diversité des acteurs locaux, est plus que jamais une nécessité pour faire rempart aux tentations actuelles de repli sur soi et de stigmatisation de l’ « autre », originaire d’un autre pays et porteur d’autres références culturelles, comme responsable des distorsions de notre société. (…) Sous toutes les latitudes, les territoires rencontrent des problématiques communes, aux premiers rangs desquelles l’inclusion pleine et entière (…) Face à un tel contexte, les coopérations pour le développement doivent désormais offrir un cadre propice à l’identification de causes communes, à l’enrichissement par la rencontre avec l’autre (…). Elles supposent de rechercher avant tout le partage des réalités concrètes de vie entre pairs, qu’ils soient citoyens, élus, techniciens ou entrepreneurs, pour se comprendre, apprendre les uns des autres et se doter ainsi de capacités d’agir ensemble ».

On ne peut que souscrire à cette analyse des enjeux nouveaux auxquels est confrontée la coopération décentralisée.

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From → Activités

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