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Enlèvement à Diéma, une nouvelle donne ?

by sur 23 novembre 2012

Tout à coup, Diéma est connu de tout le monde en France. Les radios cherchent à joindre le maire de la ville, Sadio Tunkara et à interviewer des personnes susceptibles de leur fournir des informations. Nous avons tous été très sollicités, interviewés. Des télévisions nous ont demandé des images.

Aujourd’hui nous sommes dans un autre contexte

Pour notre part, nous ne pensons pas qu’il faille, comme le fait la presse en ligne, seulement comparer cet « incident » à l’enlèvement, il y a quelques années, d’un couple italo-burkinabé. Nous sommes aujourd’hui dans un autre contexte. Certes, il s’agit d’un acte terroriste revendiqué en même temps par le MUJAO et l’AQMI, au moment où se discute une intervention militaire au Nord du pays. Ce serait y voir une manière de consolider une position en vue de garder le contrôle de ce territoire septentrional. Une forme de réponse dans un conflit où l’enjeu est de sécuriser ce qui a été conquis. Mais on peut se demander si nous ne prenons pas nos désirs pour des réalités en se contentant d’y voir une sorte de position défensive dans un contexte qui leur deviendrait défavorable.

 

 On peut aussi examiner l’hypothèse où, à l’inverse il s’agit d’un pas de plus dans un processus plus stratégique où ces mouvements auraient « la main ». Peut-être doit-on se demander – même si après enquête on pourra finir par conclure autrement – si ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement consolider une position territoriale, mais en gagner de nouvelles.

Diéma pourrait ne pas avoir été choisi de manière opportuniste – un touriste passait par là …. Comme la carte le montre,

Diéma est à la fois la porte d’entrée en région de Kayes en venant de Bamako (il suffit de constater l’intensité du trafic routier en provenance de Dakar pour s’en rendre compte) et un carrefour routier d’envergure internationale. Personne n’ignore que Diéma est aujourd’hui sur la route des trafics de shit, venant du Maroc, qui « emprunte » le réseau routier sud saharien vers l’est du continent et le proche Orient.

La transformation de ce bourg rural suscite des convoitises

Si, au lieu de classer cet événement dans la seule liste des prises d’otages, on le rapporte à  des données plus générales  – voir les articles de presse sur Diéma publiés depuis des mois dans la presse nationale malienne ou la décision d’un ministre d’interrompre la construction d’un CSCOM fragilisant ainsi la politique municipale et sa légitimité aux yeux des populations – on est porté vers d’autres interprétations. La transformation en quelques années de ce bourg rural en carrefour routier international ne peut pas ne pas avoir suscité des convoitises audacieuses peu regardantes au bien-être des populations. Ces convoitises de toutes natures font de Diéma un enjeu majeur.  

Il y a peut-être plus de stratégie bien élaborée derrière cet enlèvement qu’un simple opportunisme, fut-il terroriste (un touriste passait par là, on a saisi l’occasion  …). 

Il ne s’agit pas du tout de se précipiter vers une théorie du complot, mais de ne pas non plus refuser de se poser la question de l’existence de diverses stratégies (spéculatives, commerciales, mafieuses, prédatrices des richesses du sous-sol, religieuses, politiques, etc.) plus ou moins concurrentes, indifférentes au devenir des populations de la région de Kayes.

L’histoire montre que, lorsqu’on est ému par un événement, on commence par en réduire l’importance. N’allait-on pas reconquérir le Nord du pays en trois semaines ? Du moins le disait-on en avril 2012, au lendemain de la revendication d’indépendance de l’Azawad.

Des stratégies à plus long terme ?

Ne faut-il pas accepter de prendre du recul et insérer les événements dans un temps plus long que celui de l’immédiate actualité ? A enchaîner les événements et à les penser comme une succession de présents réduits à quelques mois, on pourrait bien ne pas comprendre que ces mouvements terroristes, dont on se complait toujours à souligner qu’ils ne rassemblent que quelques milliers d’individus super-armés, pourraient bien réfléchir à long terme, avec patience, et développer, pas à pas, des stratégies à long terme dont les ambitions sont d’une envergure que le regard porté sur la seule actualité empêche de voir.

Nous sommes très affectés par ce qui vient de se passer. Nous pensons beaucoup à tous nos amis de Diéma et de la région de Kayes. Bien sûr, il n’y a sans doute pas beaucoup de changements dans la ville pour l’instant. Mais cette intrusion des terroristes dans l’espace local risque de transformer peu à peu non seulement la manière de vivre de chacun sur ce territoire, mais de compromettre le développement de toute la région. Nous sommes très inquiets car rien n’indique que la situation au Nord pourra se régler rapidement. C’est maintenant tout le pays qui pourrait être concerné par le terrorisme et ses stratégies conquérantes.

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One Comment
  1. harissa permalink

    Bonjour,
    2 mois plus tard que sait-on aujourd’hui de plus ?
    la région de Kayes est-elle réellement menacée ?

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