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Mali zapping : Table ronde imaginaire

by sur 14 novembre 2012

Mali  Zapping : Table ronde imaginaire

Témoignages ; Analyses ; Opinions.

Discuter, débattre, analyser, converser, dialoguer, délibérer, négocier …

Juillet 2012 – Novembre 2012

Cette table ronde imaginaire en 3 actes et un épilogue (provisoire) est une fiction à plus d’un titre. – D’abord, les personnes qui y prennent la parole ne se sont pas rencontrées. – Ensuite, si tous les propos ont bien été tenus ou écrits, ils n’ont pas été élaborés pour se répondre, et encore moins pour parvenir à un accord.

Dans la tension, constitutive de l’espace politique, entre la pluralité des opinions et le désir utopique de consensus, l’accent est mis ici sur la pluralité.

  1. Pour autant, cette table ronde imaginaire ne prétend pas restituer tout l’éventail des analyses et des points de vue, eux-mêmes toujours en évolution.
  2. Les citations rassemblées ici sont de natures très diverses, ce qui redouble le caractère fictif de cette table-ronde où l’on « zappe » entre des déclarations d’experts, de simples citoyens, de chercheurs, d’hommes politiques, de blogueurs …
  3. Nous avons sauvegardé l’anonymat des personnes dont les propos n’ont été diffusés qu’auprès d’un cercle restreint de lecteurs. 

Les Personnages, par ordre d’entrée en scène.           

  • LASSINE DIALLO, Cadre d’une école d’enseignement supérieur
  • SADIO SISSOKO, Consultant
  • ALAIN ANTIL, Chercheur, responsable du programme Afrique subsaharienne à l’IFRI,
  • AHMEDOU OULD … Ancien haut fonctionnaire mauritanien à l’ONU
  • Monsieur A, Homme d’affaires, ancien proche d’ATT
  • Professeur T, Universitaire
  • MAHMOUD DICKO, Président du Haut Conseil Islamique du Mali
  • Un journaliste
  • Des blogeurs
  • ISSA N’DIAYE, Professeur
  • SOUMANA SACKO, Ancien premier ministre de la transition
  • Un homme politique
  • L’animateur
  • BRUNO LAUTIER, Professeur d’économie à Paris I
  • VLADIMIR JANKELEVICH, Philosophe français (1903-1985)
  • ALGABASS AG INTALLA, Chef d’une délégation d’ Ançar Dine
  • OUSMANE SY, ancien ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales
  • TIECOURA TRAORE, paysan  

ACTE 1 : un climat d’incertitude…

[Contexte] Juillet 2012 : les salafistes viennent de profaner les mausolées de Tombouctou et le président par intérim, Dioncounda Traoré est hospitalisé en France à la  suite de l’agression dont il a été victime le 21 mai. Règne un climat d’incertitude et de perte de confiance à l’égard de la classe politique.

Au cours de notre mission à Bamako et à Kayes en juillet 2012, des amis de CORENS témoignent.

(Pour lire la vidéo, cliquer sur ce lien, et attendre son chargement.)
 

 «       Vidéo 1ère partie      »

Le coup d’Etat ; une surprise?

De la démission des politiques aux conséquences économiques désastreuses…  

( © Réalisation Nicolas LECLERC avec 3films14 )
 

ACTE 2 : Retour sur la crise et ses causes … 

Alain Antil, printemps 2011 : Les États du Sahel semblent parfois réduits à une présence symbolique sur leur propre territoire, mais ils résistent aux diverses définitions des États faillis. Si la démocratie malienne semble imparfaite, les institutions du pays font montre d’une remarquable résilience. La Mauritanie, bien que de constitution fragile, résiste à la tourmente. États en difficulté mais non effondrés, ces deux pays présentent sans doute des facteurs de cohésion spécifiques.

L’histoire des trente dernières années au Sahel est celle du développement d’une économie grise et de l’intégration de la zone à des flux transnationaux d’échanges illégaux. Cette spécialisation des pays sahéliens dans le transit de marchandises illicites a été favorisée par la présence, dans chacun de ces pays, de populations de longue tradition commerçante mais également par l’émergence, au sein des classes politiques et des services de sécurité, de zélés associés.

 Ahmedou Ould Abdallaha, septembre 2012 :  » Je pense que beaucoup de dirigeants, à travers des relations de famille, ou à travers leurs propres relais, sont connectés au trafic de drogue de la région. Cela permet l’accès à des fonds privés importants. « 

 » Car il n’est pas possible que la justice, par exemple, puisse libérer des trafiquants avérés, s’il n’y a pas de feu vert en haut lieu. Il n’est pas facile de comprendre que des gens puissent jouir de statuts diplomatiques et de déplacements faciles s’ils n’ont pas de protections au sommet. « 

 » C’est difficile de le prouver matériellement. Mais les facilités dont bénéficient certains relais notoires des cartels d’Amérique latine laissent penser que le système dans nos pays est assez gangrené. « 

Alain Antil, septembre 2012 : Complicités au plus haut niveau, multiplicité d’acteurs, capacité des flux à se déplacer dans le pays voisin lorsqu’un pays décide de renforcer la lutte contre ce fléau, la cocaïne est un produit dont le transit et le stockage s’inscriront durablement en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Monsieur A, juillet 2012 :  Avec le temps, toujours le temps, la vérité finit par éclater au grand jour. (…) Sans le vouloir, les rebelles du MNLA ont rendu un grand service au Mali et aux maliens. Ils ont contribué à mettre en exergue l’extrême faiblesse de l’Etat.

Ce qui est une bonne chose car cela va nous permettre de faire une pause dans la fuite en avant vers la décentralisation.

Il faudrait d’abord consolider les fondamentaux de l’Etat, à savoir l’armée, la justice et l’éducation. Grace à cette crise, on a découvert la profondeur de la maladie de la grande muette.

Tout le monde au Mali savait qu’on avait de Justice et d’Ecole publique que de nom. Tant la corruption avait gangrené ces deux institutions majeures de l’Etat. (…)Ce qui est encore plus choquant, c’est que, pendant que le Nord est occupé et que les populations qui y vivent souffrent le martyr, la seule préoccupation de certains acteurs politiques est de conserver le pouvoir ou d’accéder au pouvoir.  

Mais de quel pouvoir s’agit-il ? Quand l’Etat n’existe presque plus ?

Ainsi grâce a cette crise, le peuple s’est rendu compte qu’il n’a pas ou a peu d’hommes d’Etat. La crise a ainsi mis en exergue, le déficit de leadership dans la classe dirigeante de notre pays.

Ou aller sans leader, sans guide respecté et accepté de tous ?

Aussi point étonnant de constater que depuis le déclenchement de la crise nous tournons en rond ; heureusement qu’il y a la CEDEAO qui malgré ses cacophonies et ses maladresses, donne au moins une direction au mouvement.

La crise nous a permis de prendre conscience de l’effet néfaste de la drogue sur nos sociétés. En effet, sans la drogue, aucun malien digne de ce nom, n’oserait lever la main sur un vieux de 70 ans qui plus est Président de la République, et cela dans son palais. Manipulés et drogués, des jeunes ont franchi cette ligne rouge, faisant ainsi de notre pays une honte dans le monde civilisé.

Voilà pourquoi, il faut combattre avec la dernière énergie le Narcotrafic. Car à long terme, il va décimer les fondamentaux de notre société. Enfin, l’autre belle leçon de la crise, elle a permis aux acteurs politiques qui ont encore un peu de lucidité, de mesurer leur degré de popularité.

En nous aidant à identifier nos principaux dysfonctionnements, la crise nous aide à nous regarder tel que nous sommes. En cela, elle est utile, car c’est en prenant conscience de ce qui ne va pas qu’on peut les corriger.

Toutes ces convulsions sont des étapes indispensables à la refondation d’un grand Mali, celui que nos ancêtres ont bâti et que nous avons fracassé, mais que nous allons reconstruire.

Ce Mali à venir, je le vois, radieux, riche, prospère, avec un désert verdoyant, ou nos populations dans leur riche diversité vivront en paix et dans l’amour.

Dans ce Mali, tous nos frères de la CEDEAO seront à nos côtés pour construire une Afrique riche et ouverte.

Dans ce Mali, chrétiens, musulmans, juifs, et animistes vivront côte à côte dans le respect et la liberté de chacun.

Ce pays où il fera bon vivre, aura pour crédo le métissage culturel.

Ce Mali sera relié par des autoroutes à l’Algérie, la Mauritanie, le Sénégal, le Burkina, le Niger, la RCI ; il sera un Mali debout et ouvert. Il sera le Mali de nos rêves.

Nous sommes un pays riche voire très riche, riche de notre passé, ce que beaucoup nous envient. Voilà entre autres, pourquoi les extrémistes s’attaquent à Tombouctou, et si rien n’est fait, ils fonceront sur Djenné.

Nous sommes surtout riches de  notre diversité, riche de nos hommes et femmes, des femmes belles élégantes, toujours souriantes et accueillantes. Et de plus en plus, ces femmes bosseuses sont les premières de leur classe, donc des femmes intelligentes et engagées. Voilà pourquoi nous allons nous relever. Car la femme est l’avenir de l’humanité

 

Professeur T, août 2012 : N’ayant aucune considération pour la volonté du peuple malien qui, dans sa majorité, voyait le 22 mars 2012 comme le début d’une ère sonnant la fin de l’impunité contre la corruption érigée en système d’administration et de gouvernement, ne faisant pas du tout son bonheur, les  dirigeants de la CEDEAO profitèrent de l’inexpérience politique des membres du CNRDRE pour soustraire à la justice pénale, par des accords dolosifs, des menaces et des prises de positions très hostiles au nom du « retour à l’ordre constitutionnel », tous ceux qui, avec ATT, sont comptables de la situation catastrophique du Mali d’aujourd’hui. 

Ce manque de considération a atteint son comble, lorsqu’ils ont, par évocation du droit d’asile, permis à ATT de fuir au Sénégal, faisant ainsi de l’impunité sa parure dans l’indignité d’avoir trahi la Mali. S’ils avaient été moins à l’écoute de ce stipendié et de ses  acolytes, ils auraient sans doute été attentifs au désir profond de changement de régime souhaité par une large majorité du peuple. Ils seraient en conséquence, bonne foi oblige, moins méprisants envers lui. Pour sûr, ils seraient plus respectueux du principe républicain, selon lequel le pouvoir légitime émane du consentement des gouvernés. Ils comprendraient donc qu’historiquement, dans les États parlementocratiques et non démocratiques de leurs maîtres euro-occidentaux, toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructrice du bonheur du peuple, celui-ci a le droit de l’abolir et d’en établir une nouvelle, en la fondant sur les  principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sureté et le bonheur. »

Monsieur A, août 2012 : « Il faut faire la part des choses, les principales sources de nos problèmes sont endogènes.

La misère et les injustices qui sont partout sur le continent, ont pour principal virus, nous-mêmes. Est-ce que c’est la faute de la CEDEAO et de la communauté internationale, si on n’arrive pas pendant tout ce temps a nous unir pour faire face à ceux qui occupent le Nord ?

D’ailleurs, conscients de notre inconscience face au danger, l’autre s’investit et investit ses ressources pour nous sortir de l’impasse. Cher prof, vous êtes loin du pays, nous qui y sommes, nous souffrons, et tout ce qui peut amener l’apaisement dans le pays, même si c’est par le biais du diable, il est le bienvenu. La population en a marre des bagarres de politiciens, de leur lutte pour le pouvoir, tout ce qu’on veut c’est la PAIX. » 

Professeur T, août 2012 : Il faut vous convaincre que la CEDEAO est en mission commandée au Mali. Il faut tout faire pour éviter que ses troupes soient déployées au Mali. Ils ne viendront que pour ligoter les forces maliennes victimes de fait d’un embargo sur les armes.

La mobilisation doit être faite autour de la seule question stratégique : libérer le pays de l’emprise des bandits dont le plus dangereux est le MNLA sous protection au Burkina et en Mauritanie. Alassane Ouattara n’est pas un ami du peuple malien. Il est le serviteur zélé de l’intérêt des entreprises transnationales. Il faut contrer ses plans au Mali. 

 

[Note de CORENS] Début août, le président du Haut conseil Islamique, Mahmoud Dicko, s’est rendu à Gao pour discuter avec les mouvements salafistes.

Mahmoud Dicko, août 2012 : Je ne sais pas si j’incarne l’unité nationale mais ce que je sais, ce sont les personnes qui sont restées au Nord avec toutes les conditions de vie que l’on sait, qui incarnent l’unité nationale et ce sont eux les héros  et leur résistance ne sera pas vaine.

C’est une mission qui n’est pas officielle, c’est une initiative du HCI ; on est allé là bas pour prendre contact avec les occupants et voir dans quelle mesure on pourra résoudre cette crise tout en faisant l’économie d’une guerre. Si charia il devait y en avoir au Mali, ce serait aux Maliens dont 95 % sont musulmans d’en décider et pas des étrangers.

Un journaliste, août 2012 : El Hadj Mahmoud Dicko a estimé qu’une solution négociée est possible avec Ançar Eddine. Quant au Mujao, une frange dissidente de l’organisation terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le Haut conseil islamique est d’avis que ses éléments, essentiellement, des combattants  étrangers [doivent être] chassés du territoire.  Le Mujao est aussi supposé avoir des liens avec l’organisation terroriste Boko Haram. Ses  activités préférées sont le trafic de drogue et la prise  d’otages.

Un blogueur, août 2012 : Croyez-vous que ces gens sont des gens avec lesquels il faut négocier ? Tant qu’on aura pas pris le problème par la racine, je vous assure que nous ferons au moins 5 ans en train de chercher des moyens de sortir.

Que faites-vous des 99 % de musulmans en Iraq et des 99, 6% en Afghanistan alors qu’il ne se passe pas un jour sans attentat ou sans kamikaze ? Tandis qu’il y en a 92 % au Mali …

Pour dire que le taux de pourcentage n’est pas une référence ! Et où mettons-nous les 8% qui ne sont pas musulmans, pour lesquels la constitution a bien déclaré la laïcité du Mali ? 

 

ACTE  3 : Le remaniement ministériel…

[contexte] Le remaniement ministériel du 20 août qui aboutit à un gouvernement d’union nationale apportera-t-il la PAIX ? Il déclenche en tous cas une vague de réactions – dont la presse a t rendu compte – qui  donnent une nouvelle orientation au débat public. La création du ministère des affaires religieuses et du culte (MARC) divise l’opinion et on ne parle plus guère des exactions (violences, profanation et saccage de lieux saints, etc.) commises dans le nord du pays.  

Issa N’Diaye, fin août 2012 : L’appel à candidature à un poste ministériel lancé par voie de communiqué par la présidence par intérim a créé une atmosphère surréaliste qui laisse perplexe tout observateur lucide et averti de la scène politique malienne.

Face à la dangerosité de la situation, on a le sentiment qu’il s’agit pour bon nombre d’acteurs politiques d’un jeu auquel le peuple malien est convié uniquement à titre de spectateur.

Cela nous renvoie à cette image du pouvoir que décrivait le philosophe allemand Nietzsche, celle d’un trône posé au sommet d’un arbre que des politiciens décrits comme des singes grimpeurs, essayent d’atteindre coûte que coûte dans toutes sortes de contorsions, de bousculades où certains lâchent prise et finissent par tomber dans la puanteur de la vase au milieu de laquelle est planté l’arbre de l’Etat.

Les régimes successifs du Mali dit démocratique nous y ont malheureusement habitués (…). Pourquoi ceux qui s’autoproclament ‘démocrates’ ont-ils une si grande peur viscérale du peuple?

Pourquoi rejettent-ils avec véhémence toute idée de conférence nationale souveraine du peuple ?

Pourquoi ceux qui se gratifient du titre de ‘élus de la nation’ sont-ils si affolés dès lors qu’on parle de les soumettre à la sanction du peuple ?

Est-il démocratique de nommer un président de transition, un gouvernement de transition, de mettre des organes nouveaux sans s’en référer au peuple ? Cela est-il démocratique ? Est-il démocratique d’imposer à un peuple des hommes et des institutions dont il ne veut visiblement plus ?

Est cela la démocratie ?

L’image que donnent les pays occidentaux à travers les pressions et menaces exercées, discrédite largement l’idée même de démocratie.

Ya-t-il une démocratie sans opposition véritable ? Est-il démocratique de menacer de sanctions et de sanctionner tous ceux qui s’opposent à une parodie de démocratie ?

La Constitution malienne autorise portant la désobéissance civile. Pourquoi alors la refuser à ceux qui manifestent leur désaccord quant à la gestion désastreuse des affaires publiques ?

Un blogueur, fin août 2012 : La roue de l’histoire et personne ne peut la retenir. La vie même est une succession de projets politiques. Quand un échoue, on avance sur le suivant jusqu’à avoir le bon système. Puisque tous les systèmes politiques expérimentés ont montré leur limite, il faut essayer un dosage subtil entre elle et le religieux. Tout système politique de gouvernance est bon par essence, mais c’est la mauvaise foi des acteurs chargés de sa mise en œuvre qui le discrédite. La démocratie, le pouvoir pour le peuple et par le peuple, est supposée être la meilleure forme de gouverner les hommes et pour autant le continent en souffre énormément.

Pourquoi ? Allez y savoir. Comme tout le monde a échoué et que la nature a horreur du vide, il faut que la place lassée vacante soit occupée. Voilà la raison d’être de la religion sur l’arène politique.

 Soumana Sacko fin août 2012 : Nous considérons la création de ce nouveau département [MARC] comme représentant un danger très sérieux pour la démocratie. Nous sommes un peuple musulman, disons, à 95%. Mais nous tenons à la laïcité de l’Etat. Et nous avions clairement dit aux autorités, que pour nous, il fallait tenir la religion et les religieux en dehors du champ institutionnel politique. Nous estimons que les pouvoirs publics ont cédé devant l’intégrisme musulman. Et nous craignons que ça ne soit, en fait, une politique d’apaisement vis-à-vis des salafistes qui occupent, aujourd’hui le nord. Pour nous, c’est une erreur très grave. La prochaine étape, ça sera de dire, on proclame l’Etat islamique du Mali, ou on proclame la charia. Et nous, on ne sera pas d’accord.  

L’animateur, fin août 2012 : La religion serait-elle une solution pour échapper à la malédiction du conflit  politique ?  L’Etat doit-il devenir un entrepreneur de morale ?

Un homme politique, fin août 2012 : Il s’agit d’intégrer une bonne fois pour toutes que les règles religieuses, dans les domaines où l’Etat ambitionne de légiférer, sont autant sinon plus légitimes pour les citoyens que d’éventuelles règles publiques. Il s’agit donc de préserver  dans la mesure du possible la vie sociale, les croyances individuelles du domaine de la législation. (…)

Il nous faut faciliter l’installation des lieux de culte en instruisant aux collectivités territoriales de donner facilement les autorisations d’ouverture et d’accompagner les lieux de culte sous leur ressort.

Il faut que l’Etat organise mieux la répartition des jours fériés pour permettre aux croyants de mieux pratiquer leurs cultes notamment à l’occasion des fêtes religieuses. (…) Il faut ensuite que l’Etat apprenne à travailler avec les valeurs religieuses et s’organise pour les défendre et les promouvoir, non pas au nom d’une croyance religieuse donnée mais pour le bien être de la société, une de ses fonctions majeures.

Ces valeurs sont porteuses de renouveau et de changement de mentalités. Il ne faut pas hésiter à les revendiquer et à les soutenir, aussi bien au niveau central mais également à travers les collectivités territoriales. Certaines mesures sont à envisager dans cette perspective. Ces mesures qui se justifieraient en elles mêmes et qui auront de surcroît l’avantage d’avoir le soutien de nos confessions religieuses. (…)

Les autorités doivent apprécier la possibilité de traquer les images obscènes et les termes insultants dans tous les domaines relatifs à l’espace public : films, chansons, danses, écrits, romans ….

Il est souhaitable que l’Etat s’implique dans ce chantier d’éveil idéologique et religieux des maliens pour qu’ils puissent être plus forts, plus religieux, plus formés afin de renforcer les fondements de notre société.(…)

Nous ne devons pas hésiter à mettre en place des formations universitaires, des structures de recherche, des bourses d’études en collaboration avec les pays partenaires pour améliorer de manière significative la formation des leaders religieux. 

La lutte pour la préservation de nos bonnes mœurs, de nos valeurs traditionnelles et sociétales ainsi que la protection de l’enfance constitue une bonne occasion pour l’Etat sur ce chantier de promotion des valeurs religieuses. 

L’animateur, fin août 2012 : Pendant que l’Etat  régule les mœurs, qui va s’occuper des mines ? Soumettre le politique à l’éthique, voire ici, plus drastiquement encore, à la bonne moralité des individus, n’est-ce pas plaider pour un Etat absentéiste, que de lui suggérer de déserter les chantiers du développement et de l’économie au profit du gouvernement des âmes ?

 

EPILOGUE  (provisoire)  :  le tragique du politique…

L’animateur, juillet 2012 : Lorsque, prenant du recul, on regarde l’évolution du rôle accordé à l’Etat par la coopération internationale depuis l’indépendance, on constate que l’on est passé progressivement, de 1960 à 1990, d’une vision de l’Etat comme seul interlocuteur légitime et unique acteur économique reconnu, à un Etat discrédité au profit d’une société civile  gratifiée de toutes les qualités.  

(Pour lire la vidéo, cliquer sur ce lien, et attendre son chargement.)
 

«      Vidéo 2ème partie    »

L’oubli du politique ?  

( © Réalisation Nicolas LECLERC avec 3films14 )
 

L’animateur, septembre 2012 : Ce projet politique centré sur la société civile, préconisé par la coopération internationale et mis en œuvre  au nom d’une culture du consensus, a fait faillite. 

Ces vingt années de disqualification du politique tant dans les programmes de coopération que dans les pratiques des élites dirigeantes, ont conduit non pas à une société consensuelle et orientée vers le seul développement dans l’intérêt de tous, mais à une société déboussolée qui pense pouvoir échapper une nouvelle fois au débat politique en en appelant à une culture commune, aux valeurs qu’offrirait la religion partagée par la majorité des citoyens.

Les valeurs régulent les manières de faire de la vie de chaque jour.

La culture est démunie chaque fois qu’un événement vient rompre cette reproduction tranquille.

Les valeurs peuvent aider à s’orienter dans les situations confuses, mais elles ne dictent pas de manière mécanique ce qu’il convient de faire ; le débat et la confrontation des solutions s’imposent.

Le politique, au sens noble mais tragique du terme, fait de débats, de manifestations, de controverses, de conflits, d’actions, peut-il  être éternellement différé, refoulé ?

Bruno Lautier, 2008 : Dès lors qu’il s’agit de passer des « valeurs » à des objectifs précis, le champ du consensus se rétrécit, et la proclamation du consensus prend un tour incantatoire. Le consensus condamne à l’enfouissement de la mésentente.

Vladimir Jankélévith, 1957 : L’unanimisme des concepts repose sur ce double présupposé optimiste et intellectualiste que l’accord verbal entraîne forcément l’accord des pensées, rendant presque toutes les discussions inutiles ; que l’accord des pensées détermine ipso facto celui des volontés.

 

[Note de CORENS] Jeudi 11 octobre 2012 : Des milliers de personnes ont marché dans les rues de Bamako à l’appel du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République et du Collectif des ressortissants du Nord pour signifier leur souhait d’une intervention rapide de forces étrangères au Mali afin de libérer le Nord du pays occupé depuis avril par des groupes armés islamistes.

L’animateur, novembre 2012 : Lorsque l’espace public est anesthésié par l’injonction au consensus, la violence physique se substitue aux conflits politiques. Faut-il que les armes parlent, que des femmes et des hommes soient victimes de l’intolérance et de la sauvagerie, pour que l’on parle à présent de dialogue, de négociation ? 

Un représentant du Quai d’Orsay, octobre 2012 : Le principe est très clairement posé qu’il n’est pas question de discuter avec des terroristes. En revanche, nous croyons que la solution définitive à la crise malienne passe aussi par une solution politique et donc qu’il faut que les Maliens se parlent et que les autorités maliennes parlent avec toute personne qui ne soit pas qualifiée de terroriste, qui renonce au terrorisme, qui renonce à la violence et qui reconnaisse la nécessité de l’intégrité territoriale du Mali.

C’est aux autorités maliennes d’engager ce processus politique sur place. Pour le dire de manière très simple il ne peut pas y avoir de solution politique sans véritable dialogue.

 Algabass Ag Intalla, novembre 2012 : Ansar Dine est indépendant de tout autre groupe. Nous ne recevons nos ordres d’aucun autre groupe que d’Ansar Dine. C’est un groupe local qui négocie et qui est prêt à négocier pour qu’il y ait la paix dans la sous-région et au Mali en particulier.

L’animateur, novembre 2012 : En concentrant l’attention sur le règlement du conflit – au prix de l’oubli de l’histoire ? –, qu’il passe par la négociation avec les salafistes ou non,  il ne faudrait pas oublier toutes celles et tous ceux dont les voix ne sont pas entendues, parce qu’elles ne s’expriment pas selon les canons des prises de parole dans la capitale, parce que ces opinions sont formulées dans les langues nationales ; les voix de ceux qui sont souvent exclus de la scène politique, qui vivent dans les zones rurales et qui, bien qu’éloignés des régions aujourd’hui sous le contrôle d’extrémistes, sont néanmoins directement touchés par les politiques qui ont conduit à cette situation.

Dénouer la crise du Nord et réinstaurer une légitimité institutionnelle ne résoudra pas mécaniquement la question du déficit de débat politique, déficit qui a rendu cette double crise possible …

 

Ousmane Sy, octobre 2012 : La profondeur et la complexité de la crise que nous vivons exigera des réformes politiques, économiques et sociales longues et difficiles qui vont largement au-delà des capacités et de  la faible légitimité des autorités intérimaires de la transition.

Pour recouvrer l’intégrité du territoire national, sécuriser les populations et redonner confiance à une nation aujourd’hui menacée dans ses fondements, les maliens devront recourir à leurs traditions d’acceptation de la diversité et d’ouverture au dialogue. L’ouverture d’un débat public sur la place des valeurs – qui donnent sens à toute gestion – dans les modalités de conduite des affaires publiques, est la voie qui permettra de faire passer les maliennes et maliens du statut de simples administrés à celui de citoyens à part entière.

Tiécoura Traoré, juillet 2012 : Je voudrais juste dire deux choses.

La première, c’est que tout pays, surtout lorsqu’il a la réputation d’être une république, repose sur des valeurs. Et dans une république, on a en présence des citoyens qui choisissent parmi eux certains pour en faire des gens nantis de mandats, pour parler et agir en leur nom. Mais ceci ne leur donne pas le droit de manipuler tout ce qu’ils veulent. Ceci est, je pense, à la base de beaucoup de problèmes.

Malheureusement dans notre pays, dans beaucoup de pays dans le monde, il y a des comportements qui font qu’une bonne partie de la population ne se sent pas concernée. C’est très pratique pour ceux qui se positionnent, parce que cela crée l’impunité.

Et ceci est en relation directe avec ce que je voudrais dire en second lieu. En réalité, un pays comme le Mali, a un Etat qui parle français ; même les langues nationales sont étrangères aux rouages de l’Etat lorsqu’il s’agit de parler officiellement. Et on voudrait parler d’une république, de surcroit démocratique. Ceci est déjà très lourd.

Mais il y  a plus. Je dis c’est un leurre, c’est une insulte. Je pense qu’il est très important de renverser cette tendance-là. De faire de manière que cette république soit la république de tous les maliens, en parlant dans le sens de la compréhension de tout ce qui est textes réglementaires et procédures par le paysan, parce qu’il sait parler une langue, parce qu’il comprend. Je ne dis pas le paysan parce que c’est le plus vil d’entre eux.

Aujourd’hui, je prétends être un paysan parce que je pense que les valeurs réelles sont maintenues par ceux-là. Et ces personnes peuvent être les gardiens de beaucoup de choses. Le territoire de mon pays a fait l’objet, pendant ces dix dernières années, de vente de terres arables. Au plus offrant, mais souvent dans des conditions sordides. Souvent, dans des conditions de déguerpissement des acteurs installés là depuis des siècles. Et c’est pour installer quoi ? C’est pour installer une production qui est basée sur un modèle qu’on critique et souvent qu’on ne veut pas en Europe, aux USA ou dans le reste du monde. Simplement, parce qu’il est irrespectueux de la nature, destructeur pour l’eau, la terre, les plantes, les hommes et les animaux.

Voilà pourquoi je pense que l’agriculture paysanne dans mon pays doit être le socle de la production alimentaire.

Si ces conditions sont réunies dans ce pays, chacun s’y retrouvera et l’Etat qui sera là, sera l’Etat de tous.

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